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DISCOURS de Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET

COP 17 / lu 320 fois
Publié le 8 décembre 2011 à 19h46. / actualisé le 8 décembre 2011 à 20h07.

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Séance plénière – Cop 17 Jeudi 8 décembre 2011

Madame la Présidente,

Messieurs les Présidents,

Messieurs les chefs de gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Honorés délégués,

Mesdames, Messieurs,

Une grande dame sud-africaine, récipiendaire du prix Nobel de littérature et militante anti-apartheid, Nadine GORDIMER, écrivait que : « Les formules qui semblent avoir perdu tout leur sens à force d'avoir été répétées trop souvent sont celles qui contiennent le plus de vérité ». Nous répétons à loisir que l’urgence du changement climatique doit nous pousser à agir.

Cette phrase garde aujourd’hui tout son sens. Traduisons la maintenant en actions.

Disposant de quelques minutes seulement à cette tribune, je voudrais aller directement à l'essentiel, en espérant sincèrement que mon propos facilitera la négociation si importante qui se joue ici.

J'entends certains nous dire qu'ils ont des lignes rouges à ne pas franchir et qu’ils ne veulent pas s’engager dès maintenant dans la négociation d’un accord global juridiquement contraignant. Tout en respectant leurs positions, je voudrais tenter de les convaincre en leur disant simplement deux choses.

La première, c'est que la seule ligne rouge qui compte est celle que la planète est en train de franchir. Nous avons reçu suffisamment d’alertes. Le World Energy Outlook 2011 de l'Agence Internationale de l'Energie nous indique que la fenêtre d'action est en train de se refermer. Si, d’ici 2017, nous n'adoptons pas des mesures radicales pour renouveler nos infrastructures énergétiques et réduire notre consommation d'énergie, alors le parc d'équipements existants nous conduira au mieux à un scénario de hausse de la température de 3,5 °C. Au pire, si nous prolongeons notre inertie, l'élévation de la température pourrait même atteindre à terme 6°C et échapper de fait à tout contrôle.

Imaginons les conséquences dramatiques d’un tel réchauffement pour chacun de nos pays.

Nous ne devons ni ne pouvons aborder la question du changement climatique comme une négociation classique.

Comme le disait le Président des Maldives lors de sa visite à Paris en octobre : « On ne négocie pas avec la Nature ». Ces négociations ne sont pas un jeu à somme nulle où il y aurait des gagnants et des perdants. Si nous n’agissons pas, nous serons tous perdants. Si nous agissons, de manière résolue et coordonnée, nous serons tous gagnants.

Chacun doit apporter sa pierre à l’édifice, si modeste soit elle. La France l'a fait pour sa part. En tant que membre de l’Union Européenne nous avons montré notre attachement au Protocole de Kyoto qui est le seul instrument juridique international existant qui a pour but et pour effet de réduire les émissions de Gaz à effet de serre.

La France a également agi cette année à la Présidence du G20, en faisant avancer les discussions sur les sources de financements pour lutter contre le changement climatique dans les pays en développement.

J’espère que nous pourrons mettre en place sur ces bases au cours des prochains mois les financements innovants dont nous avons besoin pour alimenter le fonds vert et pour tenir nos promesses financières. Je pense à la taxe sur les transactions financières ou aux instruments de marché sur les émissions du transport international. Ce serait un signal formidable. Nous apporterions ainsi la démonstration que la mondialisation peut tirer de sa dynamique même des mécanismes de solidarité pour la rendre plus juste.

La deuxième chose que je voudrais dire est qu'il ne saurait y avoir d’alternative à un cadre multilatéral de réduction des émissions. C'est pourquoi il nous faut lancer ici même à Durban un processus pour aboutir à un accord global. Il n y a pas d’autre voie. Il n’y a pas de Plan B pour la planète.

La prolongation du Protocole de Kyoto, que nous sommes prêts à accepter, ne peut être qu’une solution transitoire et partielle. Elle est un encouragement à l’action, mais guère plus. Les Etats prêts à s'engager avec l'Union Européenne pour une deuxième période ne représentent en effet que 16 % au mieux des émissions mondiales.

Or, l’efficacité de nos efforts réside dans l’union du plus grand nombre. L'Union Européenne fera de toute façon sa part du chemin. Elle a pris des engagements internes avec le paquet Climat Energie, et elle les tiendra.

Si elle était seule à s’engager dans une deuxième période de Kyoto, cela ne permettrait donc de n'éviter aucune tonne de carbone supplémentaire. Chacun comprendra que pour répondre aux enjeux, il nous faut un accord beaucoup plus large, couvrant, dans le respect des principes de la convention bien sûr, l'ensemble des grandes économies.

Un tel objectif nécessite une feuille de route, un calendrier et un contenu conforme aux ambitions que nous avons définies ensemble à Cancun.

Les partenariats concrets tels que celui que nous avons lancé avec le Kenya, en étroite collaboration avec la Norvège, pour un accès universel aux énergies renouvelables, sont extrêmement utiles. Et même indispensables quand on sait que 1,3 milliard d’être humains sont privés d’énergie et donc de perspective de développement.

Les engagements qu’ont pris de manière volontaire et à titre national de grands pays émergents sont aussi très encourageants.

Mais ni ces partenariats ni les approches volontaires ne sauraient remplacer le cadre international dont nous avons tous besoin pour garantir la réussite de notre objectif.

Je veux parler de l’objectif que nous nous sommes fixés en commun à Cancun : contenir la hausse de la température par rapport à l'ère préindustrielle sous les deux degrés. Cette perspective s’éloigne malheureusement.

Il faut reconnaître l’écart qui existe entre nos engagements et cet objectif. Le récent rapport du Programme des Nations Unis pour l’Environnement (PNUE) le quantifie précisément. Il faudra d’ailleurs probablement être plus ambitieux et ajuster nos objectifs en 2013 ou 2015 en fonction du prochain rapport du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC).

Sans un cadre international, nous n’y arriverons pas. Mettons nos actes en conformité avec nos promesses !

Les heures qui nous restent ici à Durban s’annoncent décisives. Je sais qu'une très large majorité de délégations partage les ambitions que je viens d’énoncer et les convictions que je viens d'exprimer.

Je suis persuadée que tous ensemble nous pouvons forger l'accord dont la planète a besoin …

…. notamment pour que cette belle terre sud-africaine, « odorante et colorée » comme aimait à la qualifier Nadine GORDIMER, le reste au-delà des générations

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