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Portraits

De l’Antarctique au grand emprunt Michel Rocard se mobilise pour l’avenir

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Publié le 6 avril 2010 à 23h48. / actualisé le 21 mars 2011 à 10h41.

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Depuis que Michel Rocard a pris sa retraite parlementaire début 2009, son agenda ne désemplit pas. A 79 ans, cette grande figure de la vie politique française a été sollicitée par le gouvernement pour travailler sur...

Depuis que Michel Rocard a pris sa retraite parlementaire début 2009, son agenda ne désemplit pas. A 79 ans, cette grande figure de la vie politique française a été sollicitée par le gouvernement pour travailler sur des thématiques fondamentales, telles que la protection des pôles, l’institution de la taxe carbone (contribution climat-énergie) et, plus récemment, l’utilisation du futur grand emprunt. La question environnementale anime depuis des années l’ancien Premier ministre qui prend en main, avec pugnacité, des dossiers dont certains ont été initiés par lui.

Après soixante ans de vie publique, on peut dire que Michel Rocard a été un des premiers hommes politiques à être sensibilisé à la cause environnementale. Il n’a d’ailleurs pas hésité à prendre très tôt position sur ce sujet qui, dans les années 1970, intéressait peu la classe politique. C’est en 1973 que Michel Rocard, alors nommé par l’Inspection des finances pour mener une enquête sur les agences de bassins, connaît un « premier choc ». Il témoigne : « je me suis battu pour promouvoir la redevance sur l’eau, et plus généralement le principe de « pollueur-payeur ». L’administration de l’époque ne s’était pas rendu compte de l’intelligence de la loi sur l’eau de 1964 pensée par Yvan Cheret qui était un coup de génie administratif ». Lorsqu’il est nommé Premier ministre aux côtés de François Mitterrand en 1988, il propose au président de la République de créer un poste d’ingénieur écologiste qui sera alors occupé par Brice Lalonde : « en somme, j’ai placé au ministère de l’Equipement le premier écologiste avec lequel nous avons gagné une deuxième bataille de l’eau ».

Père de la taxe carbone…

En 1989, alors que l’ex-Premier ministre est chargé de préparer la célébration du 200e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme, il propose de mettre en oeuvre le « droit à un environnement sain », idée acceptée par François Mitterrand. Michel Rocard est alors à l’initiative de l’Appel de la Haye qui a été signé par vingt-quatre nations et souligne la nécessité d’un combat mondial devant l’urgence du changement climatique. « Puis, en 1990, j’ai créé la Mission effet de serre, qui est à l’origine du projet de contribution climat-énergie et l’ancêtre de la taxe carbone ». Ainsi, c’est tout naturellement que Jean-Louis Borloo en juin 2009 le charge de présider une conférence d’experts sur la mise en place d’une taxe carbone rebaptisée contribution climat-énergie (CCE). Alors que Michel Rocard préconisait un prix de départ de la tonne de CO2 à 32 euros, celle-ci a finalement été fixée à 17 euros en septembre dernier. « La taxe n’a pas un niveau assez dissuasif contrairement à un pays comme la Suède où elle est établie à 100 € ; mais elle devrait augmenter progressivement » souligne-t-il.

… et coprésident de la commission grand emprunt

Après son travail sur la CCE, le gouvernement a de nouveau fait appel à Michel Rocard afin de coprésider avec Alain Juppé la commission du grand emprunt. Les deux ex-Premiers ministres ont remis le 19 novembre dernier au chef de l’Etat leur rapport qui définit sept priorités stratégiques pour cet investissement public de 35 milliards d’euros (dont près de la moitié est destinée à l’enseignement supérieur et la recherche). Pour Michel Rocard, l’objectif du grand emprunt est de « rattraper le retard de la France en matière de dépenses pour l’avenir. Le critère principal utilisé pour définir les priorités stratégiques était celui de l’innovation. Dès les premières discussions, nous avons insisté sur la dotation de la recherche et du changement de modèle de société. Ce qui implique la construction d’un schéma de développement plus durable ». Le soutien à la croissance verte a donc fait consensus lors des débats. Faire émerger la ville de demain, inventer la mobilité du futur, développer les énergies décarbonées et l’efficacité dans la gestion des ressources font parties des actions prioritaires définies au sein du grand emprunt (voir encadré). « La croissance doit suivre d’autres chemins que ceux d’hier et l’économie verte est une issue pour sortir de la crise. Enfin, si le défi écologique n’est pas relevé, la course à la croissance sera vaine » affirment les deux co-présidents de la commission.

Un négociateur expérimenté sur la question des pôles

On le sait moins, mais Michel Rocard s’est également passionné pour la thématique environnementale au travers du sort des pôles. Il a un déclic en 1989 au cours d’une conversation avec Bob Hawke, Premier ministre de l’Australie, au sujet du 3e protocole au traité de l’Antarctique (convention de Wellington). Alors que celui-ci permettait notamment l’exploitation des ressources minérales sur ce territoire, les deux hommes ont mené une démarche diplomatique conjointe afin qu’il ne soit pas ratifié. Michel Rocard a ainsi fait preuve d’audace et rappelle que « ce coup de poker réussi a fait de l’Antarctique une réserve naturelle inscrite au patrimoine mondial de l’humanité ». A l’origine du protocole de Madrid en 1991, Michel Rocard peut se targuer d’être aujourd’hui un des seuls responsables français à s’être occupé de la problématique polaire. Ce n’est donc pas un hasard s’il a été nommé, en mars 2009 par Nicolas Sarkozy, ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. Il explique : « on perd deux fois la surface de la France par an et 2008 fut la première année au cours de laquelle les chenaux de circulation navale, autour du pôle nord ont été ouverts ensemble un mois l’été ». Il ajoute : « le réchauffement climatique va en effet permettre le développement de nouvelles activités en Arctique. L’exploitation du sous-sol, la navigation, la pêche confèrent à la région une importance économique et sont autant de menaces pour l’environnement ». La fonte des glaciers ouvre de nouvelles zones idéales pour la pêche illégale. Dans ce cadre, Michel Rocard prévoit de se consacrer à la sécurité maritime en Arctique afin, notamment, de réglementer la pêche. L’ex-locataire de Matignon n’envisage donc pas de se reposer dans les mois à venir et gageons que le gouvernement saura encore le solliciter en 2010 !

 Quelle est selon vous l’urgence environnementale actuelle ? Elle concerne évidemment le climat. Il s’agit de savoir si, d’ici à 2050, nous aurons assez d’outils pour améliorer la donne. Outre la réduction des émissions de CO2 , il faudra aussi se pencher sur les autres gaz à effet de serre comme le méthane ou le protoxyde d’azote.

Quel premier geste apprendriez-vous à un enfant afin qu’il respecte son environnement ? Tous les gestes sont importants, comme ne pas disperser ses déchets et les ramasser.

Votre moyen de locomotion idéal ? Les nouvelles générations de voitures m’intéressent comme les modèles plus petits et électriques ou qui fonctionneront avec un carburant de troisième génération (algues).

Une de vos passions que vous souhaiteriez faire connaître à nos lecteurs ? Le vol à voile (ou planeur) que j’ai pratiqué pendant douze ans.

Les sept priorités stratégiques
du grand emprunt

Axe 1 / Soutenir l’enseignement supérieur, la recherche,
l’innovation : 16 Md€
Axe 2 / Favoriser le développement de PME innovantes :
2 Md€
Axe 3 / Accélérer le développement des sciences du vivant
: 2 Md€
Axe 4 / Développer les énergies décarbonées et l’efficacité
dans la gestion des ressources : 3,5 Md€
Axe 5 / Faire émerger la ville de demain : 4,5 Md€
Axe 6 / Inventer la mobilité du futur : 3 Md€
Axe 7 / Investir dans la société numérique : 4 Md€
Total : 35 Md€

Quelques dates clés de la biographie de
Michel Rocard
1930 : naissance à Courbevoie (92)
1958 : nommé inspecteur des finances à sa sortie
de l’ENA
1965 : secrétaire général de la Commission des
comptes et des budgets économiques de la nation
1967-1973 : fondateur du Parti socialiste unifié
(PSU) dont il est le secrétaire général
1969-1973 : député des Yvelines
1977-1993 : maire de Conflans-Sainte-Honorine
(78)
1978-1981 : réélu député des Yvelines
1981-1985 : élu successivement ministre d’État,
ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire
et ministre de l’Agriculture
1988-1991 : nommé Premier ministre sous le second
septennat de François Mitterrand
1993-1994 : premier secrétaire du Parti socialiste
1994- 2008 : élu au Parlement européen
1995-1997 : sénateur des Yvelines

 

par Claire Janis-Mazarguil

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