Fabrice Bonnifet, directeur développement durable & QSE du groupe Bouygues
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Publié le 14 avril 2010 à 14h43.
/ actualisé le 2 février 2011 à 13h48.
« Bouygues est désormais un acteur clé de l’économie post-carbone du 21e siècle qui se dessine »
Comment s’est construite la politique de développement
durable du groupe ?
« La prise de conscience de la nécessité d’intégrer le
concept du développement durable dans la stratégie du
groupe est à la fois ancienne et récente. Ancienne sur les
aspects sociaux, car dès sa création, Francis Bouygues,
le fondateur du groupe, considérait l’entreprise avant tout
comme une aventure humaine et avait compris toute la
valeur du capital humain mais aussi sa fragilité. Ainsi,
les questions liées à la prévention de l’accidentologie et
aux conditions matérielles de travail, sont pour nous une
priorité pilotée avec d’importants moyens. Bien entendu,
la responsabilité sociétale de l’entreprise a encore élargi
le spectre des aspects sociaux à prendre en compte. Depuis
quelques années, Bouygues s’attache à répondre
aux enjeux de la société civile en matière notamment
d’intégration des handicapés, d’égalité hommes-femmes,
de lutte contre toutes les formes de discrimination.
Pour la composante environnementale, nos éléments
de réponses sont plus récents. La prise de conscience
du caractère limité des ressources dont nos activités dépendent,
ne nous est apparue que depuis une dizaine
d’années. Les raisons en sont multiples. Mais force est
de constater que les indicateurs actuels de création de
richesse et de valeur ont masqué la réalité physique d’un
monde dans lequel les ressources naturelles se consomment
plus vite que le temps requis pour les reconstituer.
La prise de conscience étant aujourd’hui effective, nous
sommes passés du pourquoi au comment. Dans chacun
des métiers de Bouygues, les facteurs tels que l’utilisation
des matières premières, l’énergie primaire, la biodiversité
et les émissions de CO2 sont systématiquement
intégrés dans la conception de nos projets. Nous avons
par ailleurs mis en place des indicateurs extra-financiers
dans chacune de nos filiales pour piloter efficacement
notre politique de développement durable. »
Le bilan carbone du groupe a-t-il été réalisé ?
« Les bilans carbone complets de TF1, Bouygues Telecom
et Bouygues Immobilier ont été effectués. Ceux
de Bouygues Construction et de Colas sont encore en
cours de réalisation car la diversité de leurs activités et
l’atomisation de leur organisation rendent complexe ce
type d’exercice. Mais nous savons déjà sur la base de
bilans carbone, réalisés sur des périmètres restreints à
des projets particuliers, où se situent les sources d’émissions
de gaz à effet de serre les plus importantes. D’un
métier à l’autre, ces sources varient. Pour TF1, le poste
prioritaire pour lequel l’entreprise peut agir concerne les
consommations d’énergie pour produire les émissions
d’information et de divertissement. De nombreuses actions
sont en cours de déploiement pour agir spécifiquement
dans ce domaine. Pour les activités de BTP, les
émissions les plus importantes sont liées à l’exploitation
des ouvrages que nous construisons. Elles peuvent représenter
jusqu’à six fois les émissions de la seule phase
de construction. »
Quels sont vos objectifs de diminution de l’impact
carbone, les stratégies et outils mis en place ?
« Avant de parler d’objectifs de réduction, il faut commencer
par mesurer et par imaginer des solutions technologiques
pour “faire autrement“ en tout domaine. Au-delà
de la mesure de l’empreinte carbone des projets commerciaux,
nous avons établi les règles de la comptabilité
carbone au niveau du groupe. Ceci afin d’intégrer d’une
manière intéractive le facteur carbone dans nos décisions
d’investissements pour chacun de nos processus
opérationnels et supports. Lorsque tous ces dispositifs
auront été totalement déployés et assimilés par les collaborateurs,
nous verrons alors comment piloter la diminution
de nos impacts carbone. »
Bouygues Construction a formé une cinquantaine de
collaborateurs à l’utilisation du logiciel CarbonEco®.
Que pouvez-vous nous dire de ce logiciel ?
« Nous avons effectivement conçu et développé un logiciel
(CarbonEco®) de mesure du coût carbone complet
des ouvrages de BTP (bâtiments et routes), de leur
conception à leur démolition, en passant par la construction
et l’exploitation. Ainsi, les collaborateurs formés à
l’utilisation de ce logiciel procèdent à toutes sortes de
simulations qui nous permettent de proposer aux clients
le meilleur compromis technico-économique. L’ensemble
du cycle de vie du projet, les émissions de CO2 totales
doivent être les plus basses possibles, voire totalement
neutre en carbone pour les bâtiments à énergie positive.
A la lecture des premiers résultats associés à l’utilisation
de CarbonEco®, il est clair que plus les projets
sont conçus avec une architecture bioclimatique, plus les
émissions globales diminuent. Ce constat est favorable
aux constructeurs, car il va contribuer à améliorer la qualité
intrinsèque des ouvrages de manière à les rendre de
moins en moins dépendants des sources énergétiques
externes. »
Parmi les actions menées, quelles ont été les difficultés
rencontrées et les plus porteuses de résultats ?
« La mise en oeuvre d’une politique de développement
durable en entreprise n’est pas une démarche unilatérale.
Nous dépendons en effet beaucoup de l’attitude des
parties prenantes de nos secteurs d’activités. Si la nécessité
d’agir ne fait plus débat, il y a parfois encore de
la marge entre les intentions et les principes d’actions.
Dans le BTP, secteur historique du groupe, la difficulté
principale réside dans le fait que nous allons progressivement
passer d’un modèle fondé sur une garantie de
moyens à un modèle reposant sur une garantie de résultats.
Ce changement d’approche va bouleverser l’ensemble
des acteurs de la chaîne de valeur et notamment
la place prise par le pilotage des ouvrages et les comportements
des utilisateurs qui vont devenir centraux. Parmi
les réussites, nous pouvons citer la façon dont Bouygues
a su anticiper les lois Grenelle en utilisant les contraintes
réglementaires annoncées comme un levier interne pour
transformer notre approche en matière de construction
durable. Ainsi, saurons-nous bien avant les échéances
légales construire des logements basse consommation
et des immeubles tertiaires à énergie positive. C’est excellent
pour nos clients, car ils bénéficieront d’ouvrages
performants sur le plan économique en coût global et
dont la valeur patrimoniale ne se dépréciera pas. C’est
excellent également pour nos collaborateurs car les technologies
de la construction durable exigent une remise à
plat de nos certitudes et créent des challenges internes
tout à fait passionnants, tout en redonnant du sens sociétal.
Enfin, c’est excellent pour nos actionnaires car ils
savent désormais que Bouygues est désormais un acteur
clé de l’économie post-carbone du 21e siècle qui se
dessine. »
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