Se fixer ensemble des limites et regarder autrement la lumière
la tribune de Anne-Marie Ducroux, présidente de l’ANPCEN /
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Publié le 10 octobre 2011 à 09h12.
/ actualisé le 10 octobre 2011 à 09h21.
Anne-Marie Ducroux est présidente de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes, association d’intérêt général, agissant au niveau national et au niveau local avec un réseau de correspondants, notamment pour accompagner l’Etat, les collectivités, les citoyens, dans de nouvelles démarches relatives à l’éclairage extérieur. www.anpcen.fr.
Le progrès c’était la lumière. Disposer de la lumière, de manière adaptée, dans le temps ou l’espace, fut une réelle avancée pour tous. Mais désormais est posée la question en France, non plus de « l’accès », mais de « l’excès » de lumière. Multiplier par exemple, les mises en lumière de manière continue, ne crée plus l’événement. Il est nécessaire et possible d’améliorer ce « service de la lumière » pour qu’il soit véritablement celui du XXIe siècle, en combinant souvent un ensemble de mesures. Mais une décision du conseil municipal après consultation des habitants, pour éteindre certaines zones, aux heures inutiles, peut suffire. Néanmoins, au lieu d’un peu de bon sens et de simplicité de prescriptions, on préférerait imposer aux techniciens, une nouvelle norme, incompréhensible des élus et citoyens. C’est pourquoi, l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes a demandé, dès sa publication, l’interruption du processus qui conduirait à son homologation.
La perspective partagée d’un développement durable devrait inciter élus et citoyens, sans recours à une norme, à entrer dans une double question sur les « fins » : celle du sens de nos choix et celle des limites que nous nous fixons.
Un flux continu d’eau dans une rue parvient désormais à nous choquer, au minimum, à nous interroger, mais il n’en est pas encore de même pour la lumière ! Il nous faut apprendre à regarder la lumière comme un robinet silencieux que nous laissons ouvert sans limite et sans question, sur des bâtiments, des édifices… regarder autrement les flux de lumière inutilement orientés vers le ciel, vers des espaces naturels qui ont besoin de la nuit, entrant dans les domiciles et perturbant le sommeil de certains quotidiennement. Les conséquences économiques, sociales et environnementales en sont trop lourdes.
Le progrès pendant des décennies, dans bien des domaines, a cherché à s’affranchir de toutes limites. Nos consommations de ressources naturelles, d’énergie, de matières premières, nos émissions de carbone ne cessent d’augmenter, faisant désormais entrevoir paradoxalement d’autres limites aux humains : celles de la nature. La quantité de lumière émise la nuit de même ne cesse de progresser : déjà 9 millions de points lumineux en France, éclairant souvent le ciel ou les à côté de la surface à éclairer, et générant plus de 45 % des dépenses en électricité des communes.
Ainsi, un service initialement précieux pour la collectivité, se transforme en une série de problèmes. L’excès de lumière artificielle la nuit et ses usages inadaptés ont de nombreuses conséquences néfastes et connues : perturbations du sommeil et des cycles biologiques humains, incitation au bruit ou activités non souhaitées, production inutile d’énergie, d’émissions de gaz à effet de serre, de déchets nucléaires liés à la production d’énergie électrique, impacts sur la biodiversité nocturne, incapacité à observer le ciel étoilé… les générations futures n’auront bientôt plus qu’en certains lieux privilégiés et à condition d’en avoir les moyens d’accès, la capacité gratuite d’observer le ciel comme en ont disposé les générations précédentes.
Pour la première fois, les lois Grenelle I et II nommaient l’enjeu et exprimaient l’ambition « de mesures de prévention, de suppression ou de limitation ». Mais il reste à passer en France de l’intention à la réalité. En effet, décret, arrêtés en cours de discussion ou norme de 2011 sont encore loin de fixer des limites permettant d’améliorer significativement la situation.
Les élus, pour la plupart, ne le savent pas encore mais une norme Afnor, publiée en mars 2011 a surgi. Paradoxale, celle-ci promeut le principe de seuils minimaux d’éclairement, pouvant même conduire à l’inverse de l’objectif, sans fixer aucun maximum à ne pas dépasser. Elle va à l’encontre de préconisations scientifiques internationales. Elliptique, elle élimine complètement du champ des nuisances lumineuses, les effets biologiques sur les humains et sur la biodiversité, pourtant eux aussi à « prévenir, supprimer, limiter » comme l’exprime la loi. En n’agissant que sur la consommation d’électricité, on ne traite pas la pluralité des impacts sanitaires et environnementaux des nuisances lumineuses. En effet, des prescriptions relatives à l’efficacité énergétique peuvent très bien continuer à disperser des flux de lumière dans les habitations ou la nature et des a m é l i o r a t i o n s technologiques permettent aujourd’hui de diffuser plus de lumière pour la même consommation. De plus, élaborée majoritairement entre professionnels de l’éclairage dont la vision et les intérêts priment, cette norme naît d’une gouvernance dépassée en France où la recherche de l’équilibre des parties prenantes est devenue la référence. Périmée en Europe, aussi, où la Commission européenne de normalisation recommande désormais d’examiner les questions environnementales au sein des normes et demande à tous les comités nationaux d’en rendre compte.
L’Anpcen demande au ministère de l’Ecologie et du Développement durable de se doter d’informations indépendantes des professionnels, pour baser ses décisions et son rôle de régulateur, et à ne pas valider des prescriptions qu’il sera, comme les communes le seront, dans l’incapacité technique ou financière, de contrôler de manière simple, ce qui pourrait conduire soit à ne rien changer à la situation actuelle constatée, soit à coûter trop cher à la communauté.
Pourtant, de plus en plus de communes commencent à regarder la lumière autrement. Des élus clairvoyants, des s y n d i c a t s d’électrification, beaucoup d’acteurs sur le terrain changent de cap ! Quand ils ne le font pas des citoyens avisés prennent désormais souvent le relais pour inciter leurs représentants à assurer un éclairage f o n c t i o n n e l utile, un éclairage événementiel pour les festivités ponctuelles, mais à ne plus accepter une augmentation continue de la lumière, la nuit, sans condition, ni réflexion appropriée.
C’est pourquoi l’Anpcen invite tous les élus et habitants à exercer pleinement leur capacité à faire, pour la lumière, des choix modernes, politique et citoyen d’abord, et à soutenir les démarches d’intérêt général d’une association nationale et locale, soucieuse de l’ensemble des enjeux publics de la qualité de la nuit.
Des étiquettes pour l’éclairage extérieur proposées par l’Anpcen
Tout le monde sait se servir du modèle des étiquettes énergie ! De compréhension simple, l’ANPCEN propose des prescriptions faciles d’emploi, à partir d’étiquettes à combiner pour l’éclairage extérieur. En 2011, en pleine expérimentation nationale de l’affichage environnemental en France, changeons pour des outils d’un usage beaucoup plus accessible à tous. La puissance lumineuse au km permet de limiter la quantité de lumière émise. Limiter la quantité de lumière doit conduire à concentrer la lumière vers la surface utile à éclairer. Le choix de température de couleur des lampes permet de limiter des nuisances pour les humains et pour la biodiversité. Utiliser une lumière avec un spectre le plus concentré autour du jaune, car le bleu se révèle très nocif pour la biodiversité nocturne.
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