Jean Jouzel est directeur de recherches au CEA, vice-président du Giec
Un glaciologue en lutte contre le réchauffement climatique /
lu 962 fois
Publié le 18 août 2010 à 14h30.
/ actualisé le 21 mars 2011 à 10h48.
A 63 ans, Jean Jouzel est un spécialiste mondialement connu de la reconstitution des grands changements climatiques à partir de l’analyse des glaces. Il a largement contribué à la prise de conscience de l’influence potentielle des activités humaines sur l’évolution du climat terrestre. Copenhague n’est pas un échec complet
A la fois glaciologue et climatologue, Jean Jouzel a principalement orienté son travail de recherche depuis quarante ans sur la reconstitution des climats du passé à partir de l’étude des glaces de l’Antarctique et du Groenland. « Nous sommes remontés à 800 000 ans et nous avons démontré qu’il pouvait y avoir des variations très rapides du climat. Je suis convaincu que les données du passé apportent un éclairage pour comprendre le fonctionnement des climats ». En 1987, aux côtés du glaciologue Claude Lorius, il démontre que les variations de la température sont liées à la teneur de l’atmosphère en Gaz à effet de serre (Ges). Les deux scientifiques sont récompensés pour leurs travaux en 2002 par la médaille d’or du Cnrs. Pour Jean Jouzel, ces résultats obtenus sur les glaces polaires ont sensibilisé l’opinion au sujet de l’influence potentielle des activités humaines sur l’évolution future du climat. « Il est de notre devoir de mettre les connaissances de la communauté scientifique à portée de tous, cela fait partie de notre mission de scientifique », revendique-t-il.
Vice-président du Giec Même si sa principale activité reste la recherche sur les glaces polaires et l’atmosphère, au sein du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, Jean Jouzel est également vice-président du groupe scientifique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Membre du bureau de cette instance depuis 1994 et prix Nobel de la Paix avec le Giec en 2007, il explique la mission du groupe : « l’objectif est de produire un rapport tous les cinq ou six ans, faisant l’état des lieux de l’ensemble des aspects liés au réchauffement climatique. Nous devons répondre aux questions susceptibles d’intéresser les décideurs et espérons que notre rapport leur serve de livre de chevet lors des discussions. Le quatrième rapport a d’ailleurs servi de base aux négociations de Copenhague ».
Copenhague : « une contradiction entre les objectifs et les engagements » Invité en tant qu’expert scientifique à Copenhague, Jean Jouzel a fait partie de la délégation française. « Je ne considère pas Copenhague comme un échec complet mais c’est plutôt le manque d’ambition qui m’a marqué.Les points positifs majeurs sont que les pays se sont accordés pour limiter le réchauffement climatique à 2°C et que la Chine et les Etats-Unis sont désormais parties prenantes ».
Néanmoins, il regrette que les mesures nécessaires pour y parvenir - en l’occurrence, la division par deux ou par trois des émissions de Ges en 2020 par rapport à 1990 - n’ont pas été prises et qu’aucun accord contraignant ne soit envisagé.
Selon Jean Jouzel : « il y aura entre 5 et 10% d’émissions en trop pour que l’objectif de réduction puisse être atteint. Aussi, nous nous dirigeons vers un réchauffement de 3°C ; il y a donc une contradiction entre les objectifs et les engagements pris ». Il faudra désormais patienter jusqu’en 2011, lorsque se tiendra le prochain sommet des Nations unies à Cancun ; la révision des objectifs de Copenhague n’est, quant à elle, pas envisagée avant 2015…
Votre définition du développement durable ?
La problématique du changement climatique
intègre tous les ingrédients du développement
durable. A travers nos émissions de Ges nous
construisons le climat de nos enfants et petitsenfants.
Cela demande un effort dès maintenant,
alors que les effets ne seront visibles que
vers 2050.
Quelle est selon vous l’urgence environnementale
actuelle ?
Avec la hausse du réchauffement climatique,
les générations à venir vont devoir faire face
à de nombreux problèmes environnementaux
interconnectés entre eux. Le réchauffement
climatique doit être limité afin de ne
pas exacerber les problèmes de sécheresse,
d’accessibilité de la ressource en eau, d’appauvrissement
de la biodiversité, de pollution des
grandes villes,…
Votre moyen de locomotion idéal ?
Dès que c’est possible, j’utilise le train. Mais je
suis souvent contraint de prendre l’avion, ayant
de nombreux déplacements à l’étranger.
Une de vos passions ou loisirs que vous souhaiteriez
faire connaître à nos lecteurs ?
Ancien président d’un club de football breton,
j’ai pratiqué ce sport pendant longtemps et j’ai
arrêté de jouer il y a dix ans.
retrouvez tous nos dossier et eco-expériences en cliquant ici
Et aussi...