Une vie consacrée à l’architecture responsable
Françoise-Hélène Jourda /
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Publié le 21 juillet 2011 à 18h46.
/ actualisé le 24 juillet 2011 à 17h57.
Elle contribue depuis plus de trente ans à faire évoluer les mentalités et les pratiques en matière de construction. Cette pionnière a en partie oeuvrer à limiter l’impact du bâtiment sur les ressources disponibles.
La notion d’économie des ressources naturelles fut ancrée précocement chez Françoise-Hélène Jourda qui a vécu son enfance à la campagne dans une maison sans eau courante. Marquée par ce mode de vie rural, elle raconte : « nous devions récolter l’eau de pluie utilisée pour la toilette, la vaisselle et enfin pour le jardin ». La jeune étudiante poursuit ses études au sein de l’école d’architecture de Lyon entre les deux chocs pétroliers, période qu’elle qualifie de « post-hippie prônant un retour à la nature ». Françoise-Hélène Jourda reçoit « un enseignement très technique » et est diplômée en 1979 dans un contexte où la chasse au gaspi est lancée. Elle remarque alors que « la notion d’architecture solaire était déjà très importante dans les années 1970 ». Cette thématique la passionne et elle se distingue dès 1980 en remportant le premier prix d’un concours européen d’énergie solaire passive. Par la suite, elle s’illustre en construisant l’Académie de Mont-Cenis à Herne-Sodingen (Allemagne) en 1999 après huit années de recherche. Cette serre de 13 000 m2 créant un microclimat est devenue une référence en matière d’écoconstruction. « Son toit était également recouvert de la première « grande » centrale photovoltaïque (1 MW) intégrée à l’enveloppe d’un bâtiment » explique-t-elle.
Une reconnaissance bien méritée
Dès le début de sa carrière, cette femme de conviction oriente son travail vers une architecture écoresponsable même si cela était encore mal vu à l’époque. Selon elle, « l’architecte porte une lourde responsabilité : il propose des projets dont il doit mesurer les impacts dès la conception jusqu’à la démolition. S’il n’assume pas ses responsabilités, il devient coupable ». Aujourd’hui, cette architecte visionnaire, qui a longtemps mené son combat en solitaire, dirige l’agence Jourda Architectes Paris et la société de conseil Eo-cité. Elle est aussi enseignante au sein des Ecoles d’Architecture de Lyon, de Saint-Etienne, d’Oslo, à l’Université du Minnesota et à Polytechnic of Central London. Pourtant incomprise au départ, elle est devenue le chef de file de l’architecture durable. En octobre 2007, elle est sollicitée par le ministère de l’Environnement pour conseiller le cabinet de Jean-Louis Borloo à qui elle rend un rapport sur le développement durable dans la construction qui servira de base pour les réflexions sur ce thème au Grenelle I. La même année, elle connaît la consécration en recevant le prix international d’architecture durable (Global award for sustainable architecture). Par la suite, elle sera sacrée Femme de l’environnement 2 010 lors de la remise des Trophées des femmes en or.
L’urgence : la rénovation du bâti ancien
Depuis le Grenelle, Françoise-Hélène Jourda reconnaît que la France progresse sur le plan réglementaire. « Nous sommes parmi les pays européens les plus exigeants au sujet de la consommation énergétique des nouveaux bâtiments. Néanmoins, il faut rénover de toute urgence le patrimoine existant qui représente 96 % du parc de logements et qui est particulièrement énergivore ». Attentive aux enjeux humains, elle se préoccupe de réduire la facture énergétique de certaines populations fragiles. C’est ainsi qu’elle rénove actuellement 350 logements en copropriété construits dans les années 1970 à Bagnolet (93), afin d’en limiter la consommation à 50 kWh/m²/an (au lieu de 240 kWh/m²/an). En parallèle, cette militante vient d’achever la construction des premiers bureaux locatifs à énergie positive situés à Saint-Denis (93) et inaugurés en juin 2011. Elle rénove également la halle Pajol à Paris (18e) qui devrait devenir la première centrale photovoltaïque urbaine en septembre 2012. Depuis trente ans, Françoise-Hélène Jourda ne cesse de construire durable et son niveau d’exigence est de plus en plus poussé. « Il faut aller bien au-delà du bâtiment basse consommation. Les bâtiments doivent être démontables et flexibles. Arrêtons de construire pour des siècles car nous ne connaissons pas les besoins du futur ». Rêvant même de bâtiments biodégradables pour le futur, Françoise-Hélène Jourda fait ainsi un pied de nez à certains de ses confrères qui souhaitent inscrire leur oeuvre dans le temps.
par Claire Janis-Mazarguil
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